Rechercher

Quel est le lien...?

Quel est le lien… ? sera LA question de 2022

Ou pourquoi, plus largement, toute question (a priori) absurde sera hautement pertinente en 2022


Cette affirmation peut sembler étonnante quand chacun se trouve plutôt concentré aujourd’hui sur les questions telles que : Comment devenir une entreprise net zero ? Comment faire de l’innovation climatique ou circulaire ? Comment amplifier l’impact RSE de son entreprise ? Comment redonner du sens au travail ? et à court terme comment atteindre le budget en fin d’année ?


Pourtant faire un détour par la question « quel est le lien entre… ? » s’avère une des meilleures voies pour trouver des réponses neuves et pertinentes pour demain.


Jusque là vous vous dites "pourquoi pas ?", voire vous répondez « oui bien sûr » si l’on vous demande "Quel est le lien entre un pangolin et une crise internationale, économique, écologique, sociale ?", le lien vous le voyez clairement puisque vous êtes et nous sommes en plein dedans.


Pourtant il y a quelques mois encore cette question aurait semblé réellement absurde : « Quel est le lien entre un pangolin et mon activité demain ? »


Les esprits rationnels qui lisent ce début de billet peuvent penser, à ce stade, que ce n’est qu’une façon de réécrire l’histoire ; d’autres pourront dire que cet "effet pangolin" n’est qu’une version actualisée de « l’effet papillon »*. *"L'effet papillon" a été théorisé par le météorologue américain Edward Lorenz en 1972 pour expliquer les concepts de turbulence, complexité et systémie (interdépendances au sein d'un système complexe) ou comment une variation minime dans ce type de système peut produire des changements majeurs (pour mémoire sa question était : Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »).


Posons une deuxième question : « Quel est le lien entre « les océans de plastique et le travail » ? plutôt que « Comment redonner du sens au travail ? »


"Quel est le lien entre les océans de plastique et le travail ?", c’est précisément la question que se sont posé deux enseignants-chercheurs François Henry et Laurent Falque de la chaire Sens & Travail de l’Icam de Lille qu'ils résument dans un article de l'hebdomadaire Le Monde du 5 mars 2021 intitulé "Covid-19, un an après : La durabilité passe par un renouvellement de la pensée managériale".


Les deux chercheurs soulignent que les études sur le travail montrent que les deux éléments qui suscitent le plus l’engagement des personnes sont la qualité du produit ou du service réalisé, et la satisfaction de la clientèle. Or, qualité rime avec durabilité.

Cette durabilité ils l'analysent au travers de deux ratios pour deux objets produits : un gobelet en plastique jetable et une belle armoire réalisée par un artisan.

D’abord, le ratio entre la durée de production et la durée d’usage : le gobelet en plastique est certes produit infiniment plus rapidement que l’armoire par l’artisan, mais en moyenne il est utilisé pendant quelques instants seulement, contre des décennies pour l’armoire. Ensuite, le ratio entre la durée d’usage et la durée d’existence au monde. La durée d’existence au monde est équivalente pour les deux objets, l’un comme l’autre pouvant « exister » pendant des décennies, voire des siècles. Mais ils n’existeront pas dans les mêmes conditions : le gobelet en plastique jetable pourra exister dans la nature ou au milieu de l’océan sans être utilisé, tandis que l’armoire pourra être utilisée tout au long de son existence. Du point de vue écologique, tous ces ratios sont favorables à l’armoire, même si sa fabrication a été bien plus « lente » et longue que celle du gobelet en plastique. Lorsqu’on parle de développement durable, il convient de distinguer d’une part le processus de production, d’autre part le produit en lui-même. Or, il peut être tentant d’utiliser le concept de développement durable pour se concentrer davantage sur le processus de production plutôt que sur le produit en lui-même, car il est dans l’absolu possible de produire pendant longtemps de manière durable des produits… qui eux ne sont pas durables.

En conclusion de leurs recherches, les deux chercheurs invitent à repenser trois aspects du travail, qui ouvrent de nouvelles perspectives de réflexion : 1/ Repenser la trace que laisse l’usage du produit (NDLR : c'est une dimension relativement suivie aujourd'hui) et la trace de la personne qui fabrique l'objet (NDLR : un angle mort) : dans quelle mesure cette trace est-elle bénéfique ? 2/ Réintégrer la notion de temps dans le travail : pour eux, la notion de "travail écologique" amène à penser le travail « dans le temps » et avec sa trace. 3/ S'interroger sur ce qu'est un travail bien fait pour répondre à la question du sens du travail ou au travail.


La question de départ "quel est le lien...?" entre deux dimensions, apparemment déconnectées l'une de l'autre, leur permet de proposer une vision unifiée de l’écologie qui prend en compte à la fois l’environnement, le travailleur et le produit.


Troisième question : Quel est le lien entre performance et non-performance ?

Jusqu’à récemment, chacun aurait répondu de façon quasi automatique : la non-performance est l’inverse de la performance.


Pourtant La période inédite que nous avons traversée nous a, non pas invités, mais intimés de redéfinir la performance telle que nous la concevons : "la performance productive".


En effet, Teams et les autres plateformes magiques d'infinies connexion, nous ont fait prendre conscience que les moments dits de « non-performance » passés à la machine à café contribuaient à la performance globale d’une entreprise. C'est la raison pour laquelle Microsoft les a recréés virtuellement.


Au-delà des bavardages devant un distributeur de cafés, faire la sieste pour récupérer a démontré une capacité à rester performants, tout comme « perdre du temps" à méditer, à sortir marcher, à penser… ».

Cette non-performance, n'est donc pas l'inverse de la performance, elle opère comme une autre performance qu'on appelle aussi un non-temps ;-) dans le domaine de la création (intellectuelle, artistique...). Prendre le temps d'en perdre deviendrait un signe au contraire de parfaite maîtrise de sa performance. Ces "non-temps" font partie intégrante de la performance créative et créatrice pourtant peu d'entreprises en veulent...tout en voulant innover.

Le lien entre "performance" et "non-performance" devrait donc désormais être pensé comme celui entre le yin et le yang : l'interdépendance.


Enfin, si vous avez une heure à perdre ou à prendre pour appronfondir ce lien entre performance et non-performance, écoutez la relecture de la performance écologique Olivier Hamant, biologiste et chercheur au RDP LAB, ENS Lyon ou "la 3ème voie du vivant".

Olivier Hamant apporte un éclairage complémentaire sur le Vivant qui renverse un certain nombre d'idées reçues.

La première idée reçue tient au fait que la majorité des entreprises qui s'inspirent du Vivant (biomimétisme, bioinspiration...) pour plus de Développement Durable, pour mieux manager, pour développer des organisations plus respectueuses du Vivant, elles le font dans une logique de performance productive (cf. le début de cette deuxième question).

Il démontre qu'en biologie, la Nature « performe » sur des critères qui nous sont contre-productifs ou contre-intuitifs, ce qu'il appelle les propriétés émergentes de l’infini des interactions :

  1. L’aléatoire créé la compétence

  2. La construction de la robustesse d’un système se fait sur des fragilités en conflit

  3. L’incohérence (les contradictions) créé l’autonomie

  4. Le vivant construit la reproductibilité sur les fluctuations

En conclusion, la "performance" dans la Nature s'appelle "robustesse" : il s'agit de maintenir la stabilité du système malgré les modifications. Pour ce faire, la Nature s'appuie sur des règles contre-intuitives ou contre-productives.


Quatrième question : Quel est le lien entre un bureau et un corbeau ?


Finissons par le lien le moins évident pour comprendre combien toute question a priori absurde est désormais pertinente mais aussi comment cette manière de penser inhabituelle vous permet de bousculer votre représentation des possibles, tout en développant très rapidement votre capacité à adopter une vision systémique (compétence n°1 dans un monde complexe) pour un impact positif et créateur.


"Quel est le lien entre un bureau et un corbeau ?" C’est peu ou prou la question que pose le Chapelier fou, l’un des personnages fantasques dans le célèbre conte de Lewis Carroll, à Alice, une petite fille qui en plongeant dans le terrier d'un lapin blanc s’est retrouvée dans un « monde à l’envers » : un monde fou et de fous où rien ne semble avoir de sens. Cette question, Alice ne sait pas y répondre, comme nombre de celles qui nous habitent aujourd’hui.

Apprendre à penser comme un Chapelier fou pourrait vous servir demain dans un monde fou que nous essayons de rationnaliser. C'est l'un des partis pris du RX-Thinking© (au sens strict du terme une eXpérience radicale de la pensée) et de sa nouvelle grammaire de l'imagination, inspiré entre autres de la force imaginante de Lewis Caroll.


Mais que vient donc faire Lewis Carroll dans cette nouvelle ère ? Parce qu'une relecture contemporaine du conte révèle combien le nonsense tel qu'utilisé par l'auteur devient un puissant activateur d’idées réellement neuves et de nouveau sens.

Le texte de Carroll se présente en effet comme une réflexion sur les paradoxes du

sens ; le nonsense y est ainsi totalement lié au sens : le nonsense vient joyeusement déformer la réalité stable et logique que nous nous évertuons à penser ou maintenir.

Le nonsense de Lewis Carroll ressemble à des dérapages contrôlés, rendus possibles car il est à la fois logicien et poète : il libère l'imagination en poussant la langue et les mots dans leurs derniers retranchements en inventant des questions, des mots et des situations. Le nonsense, Lewis Carroll l'a en effet imaginé comme un jeu avec l’ensemble des connaissances et croyances qui forment le cadre ou l’arrière plan ordinaire supposé naturellement évident. Le nonsense n'est donc pas absence de sens-même ; au contraire, le nonsense cherche l'absent, l'implicite, les prémisses et tous nos présupposés ou angles morts qui nous faut peut-être penser faux ou penser-dépassé. Ce nonsense nous offre tout simplement un supplément de sens qui ne nous était pas accessible.